M. Jerzy Buzek, Président du Parlement Européen
M. Gabriele Albertini, Président de la Commission des Affaires Etrangères du Parlement Européen
Mme. Heidi Hautala, Président de la Sous-Commission des Droits de l’Homme du Parlement Européen
Mme. Barbara Lochbihler, Président de la Délégation du Parlement Européen pour les relations avec l’Iran
M. Joseph Daul, Président du Groupe PPE
M. Martin Schulz, Président du Groupe S&D
M. Guy Verhofstadt, Président du Groupe ADLE
Mme. Rebecca Harms, Co-Président du Groupe Les Verts/ALE
M. Daniel Cohn-Bendit, Co-Président du Groupe Les Verts/ALE
M. Lothar Bisky, Président du Groupe GUE/NGL
Bruxelles, 31 août 2010
Objet: Nomination pour le Prix Sakharov
Mesdames, Messieurs,
Vous êtes certainement informés des violations affreuses des droits de l’homme qui sont perpétrées en Iran et de la répression particulièrement brutale qui s’abat sur de simples citoyens comme sur des militants politiques depuis l’élection présidentielle du 12 juin 2009.
Lors des manifestations qui ont suivi cette élection, plus de cent personnes ont été tuées par les forces de sécurité iraniennes. Depuis lors, plusieurs milliers de personnes ont été arrêtés ; des centaines de personnes ont été livrées à des procès à spectacles ou à d’autres formes de justice sommaire, alors que d’autres ont été emprisonnés sans la moindre procédure judiciaire. Des tortures, des viols et d’autres traitements inhumains ou dégradants ont été commis à l’encontre de centaines de détenus.
En même temps, les supporters de l’opposition et les militants de la société civile demeurent sous étroite surveillance et le régime utilise tous les moyens à sa disposition pour intimider la population.
Ces violations se sont ajoutées à une situation déjà catastrophique en matière des droits de l’homme en Iran. Selon Amnesty International et la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, l’Iran est l’un des pays au monde qui applique le plus fréquemment la peine de mort, y compris des mineurs d’âge. Au moins 338 personnes ont été exécutées en 2009 ; plusieurs centaines de personnes ont déjà été exécutées en 2010, et environ 2,000 personnes sont actuellement condamnées à mort.
Nous avons reçu au cours de ces dernières semaines des nouvelles inquiétantes en provenance d’Iran faisant état d’une intensification de la répression à l’encontre des militants politiques et de la société civile, allant jusqu’à l’enlèvement et la prise en otage des membres de leurs familles, ainsi que d’une intense pression sur les prisonniers politiques. Par exemple, les prisonniers politiques dans la redoutable prison d’Evin sont privés de la possibilité d'appeler leurs familles ou de recevoir des visites familiales, et coupés d'accès à un médecin traitant.
Face à la répression massive, le peuple iranien continue à espérer et à croire en la possibilité d’un avenir meilleur. Il a besoin du soutien et de l’encouragement de tous ceux à l’extérieur de l’Iran qui croient en les valeurs universelles des droits de l’homme et qui sont prêts à les proclamer au-delà des considérations géopolitiques à court terme. Le Parlement Européen, à travers les débats qu’il a organisés et les Résolutions qu’il a adoptées, se veut de ces défenseurs des droits de l’homme et de la démocratie.
Nous considérons que l’un des gestes de solidarité les plus importants que peut poser le Parlement Européen consiste en l’octroi annuel du Prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. Or, nous constatons que depuis l’inauguration du Prix Sakharov en 1988, il n’a jamais été décerné à un citoyen iranien. Nous sommes d’avis qu’en cette année particulièrement éprouvante pour le people iranien, il serait approprié d’octroyer ce Prix à quelqu’un qui symbolise la lutte pour les droits de l’homme, l’idéal démocratique et le pouvoir de la résistance.
Des centaines de noms pourraient être citées. Notre candidat pour le Prix Sakharov 2010 est M. Abbas Amir-Entezam, prisonnier d’opinion depuis trente ans, le plus ancien prisonnier politique de la République islamique d’Iran.
Le courage moral qui l’a vu résister à plus de trente ans de détention en prison ou en résidence surveillée, la cohérence qui l’a vu refuser tout compromis incompatible avec la justice et la liberté de conscience, et le sens de dévouement et de sacrifice dans la privation de sa vie personnelle et familiale, font de M. Amir-Entezam un personnage d’exception respecté par tous les iraniens, de l’intérieur comme de la diaspora et quelles que soient leurs affiliations politiques.
Nous considérons qu’en cette année du trentième anniversaire de son emprisonnement, l’octroi par le Parlement Européen du Prix Sakharov à M. Amir-Entezam constituerait un message de solidarité et de soutien pas seulement à lui en tant qu’individu, mais à tous ceux en Iran qui ont souffert pour leurs idées pendant ces trente dernières années.
Nous sommes à votre disposition pour répondre à vos questions éventuelles concerant M. Amir-Entezam ou concernant la situation générale des droits de l’homme en Iran.
Nous vous prions d’agréer, Madame, Messieurs, l’expression de notre considération distinguée,
Au nom des organisations signataires
Tel. (32)-(0)476-551832
iranianbelgique@yahoo.fr
Le nom de 10 organisations de la société civile iranienne en Europe :
1- Union Pour Iran- Belgique
2- Parti Democratique du Kurdistan d’Iran- Belgique
3- Organisation des Fadaïans du Peuple d’Iran (Majoritaire)-Belgique
4- Association de la Défense du Front pour la République et la Démocratie en Iran-Belgique
5- Centre Culturel Persepolis- Belgique
6- European Cultural Network of Iranians
7- Association of Iranians in The Netherlands
8- Platform of Iranian Refugee Organisations in The Netherlands
9- Association Culturelle Razi- Belgique
10- La Fédération Europerse
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M. Abbas Amir-Entezam
M. Abbas Amir-Entezam, l’un des dirigeants du mouvement de libération contre le Chah d’Iran, était brièvement Premier Ministre adjoint et porte-parole du Gouvernement provisoire mis en place après la Révolution de 1979. En tant qu’homme politique laïque, cependant, il a été évincé quand il s’est opposé au projet de constitution théocratique rédigé par l’Assemblée des Experts et qui est devenu la constitution de la République islamique.
Suite à la prise du pouvoir par le clergé intégriste à la fin de l’année 1979, M. Amir-Entezam a été arrêté, accusé d’espionnage pour le compte des Etats-Unis et jugé lors d’une procédure à huis clos, sans jury populaire, qui n’a duré que dix minutes et pour lequel aucun avocat de défense n’était présent. Il a été condamné à la prison à perpétuité.
Après avoir purgé dix-neuf ans dans la prison notoire d’Evin, en 1997 M. Amir-Entezam a reçu l’autorisation de rentrer chez lui afin de purger sa peine en résidence surveillée, ceci pour des raisons médicales. Toutefois, suite à un entretien dans lequel il a relevé la brutalité du gardien en chef de la prison, il a été renvoyé en prison après quelques mois seulement ; il y est resté jusqu’en 2002. En 2002, M. Amir-Entezam, dont la santé empirait, a de nouveau été renvoyé chez lui en résidence surveillée, où il demeure jusqu’à la date d’aujourd’hui.
M. Amir-Entezam a fait plusieurs tentatives de faire porter son cas en recours ou de se faire entendre en procès public; ses tentatives ont échoué. Par contre, les autorités de la République islamique lui ont proposé la mise en liberté définitive, moyennant l’acceptation de sa condamnation et le retrait de tout recours. M. Amir-Entezam a refusé, car il considère qu’une telle abdication constituerait le reniement de la justice ainsi que de la liberté d’esprit qu’il a toujours défendues.
M. Amir-Entezam est dans l’obligation de se présenter régulièrement aux autorités pour éviter un retour en prison ; il n’est pas libre de voyager à l’extérieur du pays ; il n’a pas vu ses enfants, qui vivent à l’étranger, depuis trente ans.
Il sait que toute déclaration publique de sa part pourrait le reconduire en prison, épreuve à laquelle, à l’âge de 77 ans, il ne survivrait probablement pas. Malgré ceci, M. Amir-Entezam continue à s’exprimer où et quand il peut, afin de défendre l’ideal démocratique dans son pays.
M. Amir-Entezam a reçu le Prix Bruno Kreisky (1998) ainsi que le Prix Jan Karski pour le courage moral (2003).
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